Cinéma

J’aurais voulu être surprise par Frantz

Frantz

J’aurais voulu être surprise par « Frantz ». Vraiment. J’aurais adoré avoir eu tort sur toute la ligne. Ne pas avoir deviné rien qu’en voyant la bande-annonce ce qui allait se passer après une heure de film.

J’ai même échafaudé dans ma tête des autres twists de malade : et si Pierre Niney, avec sa petite moustache coquine, avait fait autre chose que du violon avec Frantz, hum ?

Dommage la réponse sera non. Qu’est-ce qu’on fait alors quand on a deviné le principal retournement du film, je vous le demande ? Heureusement, ce « Frantz » a d’autres qualités. Ses acteurs, impeccables. Ses scènes où Pierre Niney fait revivre un mort rien qu’en l’évoquant, devant des sourires ébahis. Sa vision d’une après-guerre douce et terrible.

Et puis, il y a aussi cette mélancolie dans lequel se meuvent tranquillement les personnages. Le bruit du vent qui souffle. Et l’image qui s’éclaire doucement à chaque moment de bonheur, comme effleurée par un rayon de soleil.

Heureusement que c’est beau et lumineux, Frantz. Sinon, on se serait drôlement ennuyé.

Non classé

Moonlight : « Vérifiez ses yeux ! »

INT. Labo – JOUR

PROFESSEUR X : Vous êtes sûr que les électrodes sont bien branchés ?

Professeur Y va vers Chippily et vérifie.

PROFESSEUR Y : Tout est bien mis.

PROFESSEUR X : Vérifiez ses yeux ! Vérifiez ses yeux !

Professeur Y regarde les yeux de Chippily.

PROFESSEUR Y : Ils sont secs.

PROFESSEUR X : Quoi ?!

PROFESSEUR Y : Ils sont secs.

PROFESSEUR X : (bougonne) Oui, j’avais entendu, merci. Mais comment… ? Les électrodes n’ont affiché aucune tristesse, ses yeux sont secs… Il y a quelque chose qui cloche.

moonlight2

Professeur X se dirige vers Chippily.

PROFESSEUR X : Comment avez-vous trouvé le film ? Comment avez-vous trouvé Moonlight ?

CHIPPILY : C’était… bien.

PROFESSEUR X : (s’étrangle) Juste bien ?

CHIPPILY : Oui.

PROFESSEUR X : Vous n’êtes pas bouleversée ? (elle secoue la tête) Ça ne vous a pas…remué l’âme ? (elle secoue la tête. Il lève les mains au ciel) Grand Dieu ! Mais il est noir ET homosexuel ! Il se fait tabasser par toute l’école ! Et sa mère est accro au crack !

Chippily reste silencieuse.

PROFESSEUR X : Ça ne vous a rien fait ?

Pas de réponse.

PROFESSEUR X : Mais les critiques sont unanimes ! Elles disent que c’est un film génial !

CHIPPILY : Oh… Il y a des choses bien. Découper l’histoire en trois volets, c’était une très bonne idée, ça permet de bien suivre le héros. Les personnages ne sont pas des stéréotypes et, en plus, ils sont riches et complexes. Et le tout est très doux. Mais… ça ne m’a pas touché.

moonlight-3

Professeur X crie.

PROFESSEUR X : Mais l’histoire d’amour ? Ça vous a quand même fait quelque chose, l’histoire d’amour ? Hein ?

CHIPPILY : Bah… C’est trop pudique. Ça ne fait qu’effleurer les sentiments. Il manque quelque chose. Quelque chose d’intense. Que ça décolle. Et puis, l’histoire du gamin rejeté par tous, on nous l’a déjà fait 100 fois, hein. C’est très beau, hein. Ça a le mérite de parler de l’homosexualité, des Noirs… Mais c’est un peu…dodelinant.

Professeur X se prend la tête dans les mains.

CHIPPILY : …Et un peu longuet.

PROFESSEUR X : SORTEZ ! Sortez tout de suite !

CHIPPILY : Mais…

PROFESSEUR X : SORTEZ !

Chippily sort. Professeur X se reprend la tête entre les mains.

PROFESSEUR X : Alors, quand c’est trop appuyé, ils nous disent : « C’est vraiment tire-larmes ». Et quand ça l’est pas, c’est : « C’est dodelinant et longuet ! » Je vous jure ! Allez, j’en ai ma claque. Venez, on s’en va.

Professeur X et Professeur Y quittent la salle. Ils claquent la porte. Derrière, un écriteau : « Département lacrimal, Hollywood ».

 

Instants Tannés

Mood : John McTiernan, un dimanche pluvieux à Deauville

Paraît que, lors du festival, il y a foule. Des gens agglutinés là-bas, me montre Renaud d’une main gantée. Des stars qui traversent ici même, sur ces planches délavées et mouillées. Aujourd’hui, on ne voit que des silhouettes encapuchonnées, qui pressent le pas pour se rendre au chaud.

Devant les cabines de plage de Deauville, les noms des stars s’alignent : Sidney Lumet, Daniel Radcliffe, John Frankenheimer, Ian McKellen ou John McTiernan. Entre deux rafales, je sors mon appareil photo. Le cliché est blafard, comme frigorifié.

Alors nous aussi, on se met à hâter le pas pour rentrer se mettre un truc bouillant dans l’estomac. Tout en marchant, Renaud me commente le dernier festival du film américain. « C’était plus un festival de réalisateurs et de producteurs que d’acteurs. »

On passe à longues enjambées à côté du Normandy – l’hôtel où sont logés les acteurs -, du casino, des magasins de luxe nichés dans des maisons à colombages.

« Tu as vu ? » me fait soudain Renaud. Il rajoute quelque chose que je n’entends pas. J’enlève ma capuche. « Quoi ? » Il répète. Incompréhensible. J’enlève mon bonnet. « Quoi ? » « C’était Vincent Elbaz ! »

Je me retourne juste pour voir une silhouette avec une capuche sur la tête, emmitouflée dans une doudoune. Y’a pas à dire, c’était pas un temps à mettre une star dehors.

Non classé

Pourquoi il faut aller voir La La Land à Hérouville-Saint-Clair (où ça ?)

Je crois que je suis atteinte d’un mal étrange.

la-la-land

Dans les kiosques à journaux, sur les Unes des magazines culturels. Dans la rue, sur des affiches avec des mots énormes, gigantesques. A la télévision, avec Emma Stone qui soulève un trophée, Ryan Gosling qui rigole en interview. Sur les blogs, sur Twitter, sur Facebook, dans les critiques des quotidiens…

Alors, que dire de plus quand tout a déjà été encensé, vilipendé, décortiqué ? Quand tout le monde a déjà vu le making-of de la première séquence sur l’autoroute ou la technique de Damien Chazelle pour faire son travelling filé ?

la-la-land2

Heureusement, je l’ai vu dans une salle super, qui mérite à elle seule un article.

– Elle va quand même pas nous faire un article sur cette salle
alors qu’on attendait une critique de La La Land ?

– Oh, tu sais, je l’ai déjà vu faire de ces trucs… 

La Normandie, vous situez ? Caen, vous voyez ? Et bah, juste à côté, à 7 minutes-GPS-de-l’IPhone-en-main, tu arrives à Hérouville-Saint-Clair…sur un super parking. Vraiment. Avec plein de places. Et tu l’observes bien ce parking, parce que tu as beau regarder à gauche et à droite, tu ne le voies pas, le cinéma.

Faut dire que le Café des images est planqué, enfermé dans une place cachée des regards des automobilistes. C’est un peu son écrin. Parce que, rien qu’en voyant sa façade, tu devines que ce cinéma est un petit bijou.

herouville

Ça, c’est depuis la fameuse place fermée (photo : site de la mairie d’Hérouville).

herouville2

Et ça, c’est l’entrée visible depuis le tram par laquelle je ne suis pas passée, parce que faut pas charrier, c’était trop facile à trouver sinon.

Et, dans ce cinéma, La La Land est projeté dans une salle…

cafe-des-images-fleurs

… Entièrement fleurie (crédit : Karl Charrue).

Ça fait un petit choc en entrant. Et puis, pendant tout le film. Et aussi après la séance.

Parce qu’une salle comme ça, je n’en avais jamais vu. C’est gonflé, vintage… et pas mal, en fait. Un peu comme La La Land.

La salle a piqué sa tapisserie à mémé ? La La Land vole sans état d’âme à ses aînés, dérobant un peu à West Side Story, énormément à Chantons sous la pluie, et puis, pourquoi pas à Casablanca (etc etc)…

Oui, mais ce qui est génial avec cette salle, c’est qu’elle est dans un cinéma super moderne. Comme La La Land, qui contient des passages colorés faisant référence à des comédies d’antan, mais dont toute l’audace réside dans le fait qu’ils sont englobés dans une histoire contemporaine : Ryan Gosling, qui galère, crèche dans un appart minable ; Emma Stone a une Toyota Prius, comme tous ceux qui écument en vain les castings à Hollywood…

Mais, comme la vie n’est pas une comédie musicale (cf la fin du film), après 2 h et des poussières (d’étoiles, bien entendu), la magie s’évapore. Terminé l’univers coloré de La La Land et de la salle du Café des images. Dehors, la nuit est tombée et il fait froid.

Mais bon, il y a quelques lampadaires avec lesquels on peut tournoyer, comme dans Chantons sous la pluie…

La (superbe) illustration de Une vient de Chris Gash.