Buzz, Cinéma, Hors-champ

Premier contact : comment communiquer (pour de vrai) avec les extraterrestres

Un jour froid de novembre à Amsterdam. Devant le cinéma Tuschinski, je me tâte : et si j’allais voir « Premier contact » en néerlandais ? (se demande la fille qui a vu « Shin Godzilla » en japonais et « Make me shudder 2 » en thaï sans parler aucune de ces deux langues).

Un coup de fil plus tard et l’idée s’était évaporée : des potes étaient là et proposaient de jeter des cacahuètes dans un bar, une coutume locale à ce qui paraît. Je ne pouvais pas lutter.

Un jour pas si chaud non plus de janvier en Mayenne. Je sors de la séance de « Premier contact » et c’est tout retourné dans ma tête. Waouh, quel film ! Ça aurait été trop bête de le voir en néerlandais et de ne rien piger… mais ironique de voir un film sur la communication dans une langue que je ne comprends pas.

Faire une oeuvre de SF sur le langage, quand même, fallait oser. Et c’est ça qui fait de ce « Premier contact » un grand film. Quand d’autres auraient focalisé leur attention sur les fusillades et armements militaires, la caméra de Denis Villeneuve s’en éloigne pudiquement et fait passer des coups de feu en hors-champ. On n’est pas là pour ça.

Et il a raison. Dans « Rencontres du 3e type », on se parlait en musique. Ici, c’est en dessins. Mais en vrai, comment on ferait ? Voilà quelques idées.

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Avec des miroirs

Dans l’excellent article « Petit guide de conversation avec les extraterrestres », Finn Brunton revient sur les tentatives les plus farfelues pour communiquer, entre autres, avec Mars.

Grosse hype : l’installation de miroirs. Carl Friedrich Gauss est sans doute l’un des premiers à imaginer un système regroupant une centaine de glaces d’1,5 m2 chacune, « agencées de manière à émettre un rayon à travers l’espace » (une idée reprise plusieurs fois dans la communauté scientifique avec souvent la même idée : installons tout ça dans le désert).

Mercier, quant à lui, propose carrément de mettre une lampe électrique géante contenant des miroirs réfléchissants sur le Champ de Mars. Avant de se rétracter et de plutôt proposer une installation de deux miroirs sur une colline. Le soleil couchant s’y reflèterait, et hop ! Signal à Mars envoyé.

Créatif, mais un peu « paresseux intellectuellement » pour Finn Brunton. Et puis, des initiatives qui n’auraient pas été très sympas pour les déserts.

Marsmania

Avec du kérosène et des arbres

Laissons tomber l’idée des miroirs, il y a mieux : ce bon vieux pétrôle. Certains astronomes ont imaginé tracer d’énormes canaux géométriques dans le Sahara, les remplir de kérosène, et y allumer le feu (de nuit évidemment, pas bête la guêpe), pour faire coucou aux Martiens.

Encore plus fort : utiliser la Sibérie (qu’elle se rende utile pour une fois au lieu de nous envoyer ses vents gelés).

Mars Sibérie
Source : page42.org

Soit « 17,261 km2 de forêt et 51.800 km2 de blé ». Un projet qui, bizarrement, n’a jamais vu le jour.

Avec des dessins et des photos bizarres

Au début des années 1970, les scientifiques décident de lancer une « bouteille à la mer interstellaire » grâce à deux sondes spatiales, Pioneer 10 et Pioneer 11. Ils imaginent une grande plaque où seraient inscrits plein de choses sur nous, les humains (un peu, si vous voulez, comme une Une de magazine français : les êtres humains, qui sont-ils ? Quels sont leurs réseaux ?) Vous l’avez peut-être déjà vu :

ET pioneer

Bon, autant, le bonhomme et la madame, je vois, c’est censé nous représenter. Mais ça, qu’est-ce que c’est ??

ET pioneer 1

Et ça ??

ET pioneer 2

Comment voulez-vous qu’un extraterrestre capte quelque chose si déjà nous on n’y arrive pas ?! (je dis ça je dis rien, mais faudrait peut-être leur donner le lien vers la page Wikipédia pour les explications la prochaine fois)(Quoique…)

ET wiki

(J’ai toujours pas compris)

Heureusement, les scientifiques, qui ont quand même imaginé à un moment que les extraterrestres pourraient ne pas être les surhommes qu’ils imaginent, ont pensé à autre chose pour faire découvrir nos sciences et notre environnement : des photos !

En 1977, pour les sondes Voyager 1 et 2, ils fabriquent un gros disque composé principalement d’or et y mettent « les sons de la Terre » (qui contient notamment des bruits, des « bonjour » en différentes langues et « Johnny B. Goode » de Chuck Berry), mais aussi une tripotée de photographies. Parmi elles :

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Un cours d’éducation sexuelle.
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Un super bébé tout moche.
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Sylvester Stallone dans « Cliffhanger ».
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Un bout de « The Thing ».

De quoi donner envie de visiter la Terre, hum ?

(Pour voir les autres photos, c’est ici).

Par télépathie

Matilda O’Donnell MacElroy les a vus. Matilda, c’est elle :

ET Mathilda

Infirmière dans l’US Air Force, elle est sur la base de Roswell, en 1947, quand une soucoupe volante se crashe. A son bord, un seul rescapé. Pas de bol, l’ET n’a pas de bouche pour parler. Coup de bol, il connait la télépathie et Matilda capte ses messages. Youpi ! C’est le début d’une « conversation » de deux mois, dans laquelle l’alien dira quand même :

ET parole1ET parole 2

Mais Matilda, elle s’en fiche, elle continue à blablater. Jusqu’à la mort de l’ET, fin août.

Une belle histoire… que seul le livre « Alien interview » raconte et qui n’a n’ont jamais été prouvée… pour l’instant (musique de suspense).

On leur parle déjà sans le savoir

Des tentatives de communiquer avec les extraterrestres, il y en a eu tellement qu’elles mériteraient non pas un article, mais un site entier. Il y a le programme Seti qui essaye de capter des signaux de l’espace. Il y a aussi le mathématicien allemand Hans Freudenthal qui a élaboré un langage utilisant les mathématiques pour transmettre des infos aux aliens. Il y a également le message d’Arecibo, qui ressemble à un jeu vidéo

Sont-ils vraiment utiles ? Jérôme Gorriz, qui tient le site ovni007, n’est pas du même avis. Pour lui, il suffit de se mettre entre des spots, la nuit, d’attendre… et une soucoupe finit par arriver. Une méthode qu’il n’a jamais testé, parce que lui, il a déjà eu la chance d’en voir un en vrai, un extraterrestre.

ET petites mains mieux

 

 

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J’ai testé le cinéma en réalité virtuelle

Ils ont l’air un peu perdus, les extraterrestres. Assis sur une chaise qui tourne, les yeux cachés sous un casque blanc et noir, ils regardent à gauche. A droite. En bas, même. Font un petit tour sur eux-mêmes.

Dans la file d’attente, on rigole un peu devant ce spectacle. Mais, en vrai, ça bout pas mal de jalousie. Dans mon sac, le Graal, le ticket qui me permettra d’être comme eux : spectatrice d’une séance de cinéma en réalité virtuelle (ou VR) lors de Laval virtual.

Sautiller sur la lune

Chaque année, en Mayenne, c’est l’événement autour du virtuel : de gros chapiteaux blancs atterrissent devant la salle polyvalente et ça se met à causer français, anglais ou japonais en maniant un drone ou en jouant aux jeux vidéo.

Grande star de cette édition 2017 du salon Laval virtual : le casque virtuel. Dans un coin, ça donne le biberon à un bébé (en vrai, une antenne et une poupée). Dans l’autre, ça se croit sur la lune et ça sautille.

Mais moi, c’est la petite salle improvisée par Diversion cinéma qui m’intéresse. Justement, la dame me fait un grand sourire pour me dire d’entrer. Je découvre le matos : un casque blanc avec deux petits trous où placer ses yeux, comme des jumelles. Et, collé devant mon nez, un smartphone noir.

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Reste à mettre un casque sur mes oreilles et me voilà dans le monde virtuel… ou presque. C’est que ça piétine et que ça bavasse pas mal autour de moi. J’enlève tout pour écouter le Monsieur nous donner le programme de la séance de trente minutes. Et c’est parti.

Je suis sous un lit. Je tourne la tête pour admirer le nounours moribond, le petit train, les affaires qui traînent autour de moi. Deux jambes arrivent, une conversation s’engage et je comprends : je suis le monstre sous le lit.

De petits couacs

A l’aveugle, je tourne la molette sur mon casque pour régler la visibilité. C’est normal que je vois flou d’un oeil ? Pas pratique la buée ou les yeux qui pleurent. Et pas pratique non plus ce casque qui m’écrase un peu le nez.

Fini le monstre sous le lit. Nous voilà dans une salle où, d’un côté, pianiste et violoncelliste entament un concerto. Et, de l’autre, deux danseurs multiplient les poses techniques. Je vais des uns aux autres, plisse les yeux : l’image n’est pas en HD et je vois le grain de mon écran de smartphone.

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Re-changement d’ambiance : une femme me conte en anglais une histoire avec plein de poissons. Quand je suis posée dans une scène, à me retourner dans tous les sens pour admirer la vue, tout va bien. Mais ça se corse quand je bouge avec l’image et ça me fait tout bizarre. Normal : mon cerveau ne comprend plus si je suis immobile sur cette chaise, au milieu d’un salon dédié au virtuel, ou si je nage au milieu des requins.

Mais l’impression passe vite et, après un surchauffage de mon casque qui me laisse quelques secondes un écran blanc, on passe au dernier film : un documentaire en anglais sur les volcans. L’un explose. Des débris arrivent vers moi. Mon cerveau me hurle de ne pas fermer les yeux, que ce bout enflammé ne va jamais me toucher, que ce serait débile de le croire et… je ferme les yeux. Corps : 1. Cerveau : 0.

C’est fini. L’écran m’affiche un décompte avant de retrouver « la vie normale ». Je me lève. Même pas mal à la tête, ni de vertige. « Normalement, on a aussi un système qui fait bouger et vibrer les fauteuils », me glisse l’une des femmes de Diversion cinéma.

Bilan ?

L’expérience est sympa et a le mérite de changer de la salle traditionnelle de cinéma. Mais de là, à voir tout un film comme ça… Mouais. Ça écrase le nez, la qualité de l’image n’est pas extra. Et, le plus important : comment on fait pour rouler une galoche à son voisin, hein ?