Cinéma, Non classé

Cousteau, l’empereur mégalo

Jacques-Yves Cousteau, c’était un bonhomme. Le bonnet rouge flottant au vent, il emmenait son équipage fouiller les fonds marins pour y extraire des documentaires, une Palme d’or et une place de chouchou dans le cœur des Français.

Bizarrement, cela fait vingt ans que l’on ne parlait plus trop de lui. Peut-être parce que les Français s’étaient détournés de son couvre-chef pour idolâtrer d’autres aventuriers (comme ceux de Koh Lanta). Ou peut-être parce qu’il est mort en 1997.

Quoi qu’il en soit, devant ce constat alarmant, Jérôme Salle a saisi comme un seul homme (qu’il était) sa caméra. Mais pas juste pour se concentrer sur le grand marin. Non. Dans « L’Odyssée », ce sera lui ET sa famille. C’est que JYC (pour les intimes) avait deux fils : Philippe, le casse-cou, et Jean-Michel, le pas casse-cou.

JYC a clairement son préféré : Philippe, qu’il n’arrête pas d’appeler tout le temps. « Philippe ! Philippe ! » Ce qui fait un peu penser à ça :

Il le trimballe un peu partout dans ses expéditions maritimes. Et là on se dit que heureusement que Philippe aimait l’eau, parce que sinon…

Odyssée YeuxOdyssée fin

Un homme bien ce Philippe. Bien et romantique : il s’assure toujours d’écrire ses lettres au soleil couchant ou le cheveu ondulant sous la brise à côté de la mère mer.

Odyssée Niney écrit romantiqueOdyssée Niney écrit

D’ailleurs, un des points forts de « L’Odyssée », c’est ça : ses plans. Il y en a vraiment de très beaux.

Odyssée wilson de dosOdyssée Koh LantaOdyssée plongeurOdyssée instrument

Et d’autres un peu plus… euh…

Odyssée wilson aaah

Malheureusement, à l’image de ces images (?!), « L’Odyssée », c’est beau, mais un peu lisse. On voulait sentir de la passion, de la tragédie. Et bah… non. Rien ne remue là-dedans, au fond du ventre. Même pas un gargouillis.

Et puis, Lambert Wilson et Pierre Niney ont beau bien jouer…

Odyssée les experts
Les Experts – Atlantique.

… c’est Audrey Tautou qui tire son épingle du jeu, en interprétant une épouse souriante et virevoltante qui se mue en vieille routière des mers sous le poids des trahisons.

Odyssée Tautou

Est-ce que cet « Odyssée » a quand même bien marché en France ? Pour les coproducteurs Marc Missonnier et Olivier Delbosc,

Odyssée deux millionsOdyssée BO

Oups.

Buzz, Cinéma, Hors-champ

J’ai testé le cinéma en réalité virtuelle

Ils ont l’air un peu perdus, les extraterrestres. Assis sur une chaise qui tourne, les yeux cachés sous un casque blanc et noir, ils regardent à gauche. A droite. En bas, même. Font un petit tour sur eux-mêmes.

Dans la file d’attente, on rigole un peu devant ce spectacle. Mais, en vrai, ça bout pas mal de jalousie. Dans mon sac, le Graal, le ticket qui me permettra d’être comme eux : spectatrice d’une séance de cinéma en réalité virtuelle (ou VR) lors de Laval virtual.

Sautiller sur la lune

Chaque année, en Mayenne, c’est l’événement autour du virtuel : de gros chapiteaux blancs atterrissent devant la salle polyvalente et ça se met à causer français, anglais ou japonais en maniant un drone ou en jouant aux jeux vidéo.

Grande star de cette édition 2017 du salon Laval virtual : le casque virtuel. Dans un coin, ça donne le biberon à un bébé (en vrai, une antenne et une poupée). Dans l’autre, ça se croit sur la lune et ça sautille.

Mais moi, c’est la petite salle improvisée par Diversion cinéma qui m’intéresse. Justement, la dame me fait un grand sourire pour me dire d’entrer. Je découvre le matos : un casque blanc avec deux petits trous où placer ses yeux, comme des jumelles. Et, collé devant mon nez, un smartphone noir.

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Reste à mettre un casque sur mes oreilles et me voilà dans le monde virtuel… ou presque. C’est que ça piétine et que ça bavasse pas mal autour de moi. J’enlève tout pour écouter le Monsieur nous donner le programme de la séance de trente minutes. Et c’est parti.

Je suis sous un lit. Je tourne la tête pour admirer le nounours moribond, le petit train, les affaires qui traînent autour de moi. Deux jambes arrivent, une conversation s’engage et je comprends : je suis le monstre sous le lit.

De petits couacs

A l’aveugle, je tourne la molette sur mon casque pour régler la visibilité. C’est normal que je vois flou d’un oeil ? Pas pratique la buée ou les yeux qui pleurent. Et pas pratique non plus ce casque qui m’écrase un peu le nez.

Fini le monstre sous le lit. Nous voilà dans une salle où, d’un côté, pianiste et violoncelliste entament un concerto. Et, de l’autre, deux danseurs multiplient les poses techniques. Je vais des uns aux autres, plisse les yeux : l’image n’est pas en HD et je vois le grain de mon écran de smartphone.

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Re-changement d’ambiance : une femme me conte en anglais une histoire avec plein de poissons. Quand je suis posée dans une scène, à me retourner dans tous les sens pour admirer la vue, tout va bien. Mais ça se corse quand je bouge avec l’image et ça me fait tout bizarre. Normal : mon cerveau ne comprend plus si je suis immobile sur cette chaise, au milieu d’un salon dédié au virtuel, ou si je nage au milieu des requins.

Mais l’impression passe vite et, après un surchauffage de mon casque qui me laisse quelques secondes un écran blanc, on passe au dernier film : un documentaire en anglais sur les volcans. L’un explose. Des débris arrivent vers moi. Mon cerveau me hurle de ne pas fermer les yeux, que ce bout enflammé ne va jamais me toucher, que ce serait débile de le croire et… je ferme les yeux. Corps : 1. Cerveau : 0.

C’est fini. L’écran m’affiche un décompte avant de retrouver « la vie normale ». Je me lève. Même pas mal à la tête, ni de vertige. « Normalement, on a aussi un système qui fait bouger et vibrer les fauteuils », me glisse l’une des femmes de Diversion cinéma.

Bilan ?

L’expérience est sympa et a le mérite de changer de la salle traditionnelle de cinéma. Mais de là, à voir tout un film comme ça… Mouais. Ça écrase le nez, la qualité de l’image n’est pas extra. Et, le plus important : comment on fait pour rouler une galoche à son voisin, hein ?

Cinéma

J’aurais voulu être surprise par Frantz

Frantz

J’aurais voulu être surprise par « Frantz ». Vraiment. J’aurais adoré avoir eu tort sur toute la ligne. Ne pas avoir deviné rien qu’en voyant la bande-annonce ce qui allait se passer après une heure de film.

J’ai même échafaudé dans ma tête des autres twists de malade : et si Pierre Niney, avec sa petite moustache coquine, avait fait autre chose que du violon avec Frantz, hum ?

Dommage la réponse sera non. Qu’est-ce qu’on fait alors quand on a deviné le principal retournement du film, je vous le demande ? Heureusement, ce « Frantz » a d’autres qualités. Ses acteurs, impeccables. Ses scènes où Pierre Niney fait revivre un mort rien qu’en l’évoquant, devant des sourires ébahis. Sa vision d’une après-guerre douce et terrible.

Et puis, il y a aussi cette mélancolie dans lequel se meuvent tranquillement les personnages. Le bruit du vent qui souffle. Et l’image qui s’éclaire doucement à chaque moment de bonheur, comme effleurée par un rayon de soleil.

Heureusement que c’est beau et lumineux, Frantz. Sinon, on se serait drôlement ennuyé.